La météo n'est toujours pas de la partie ce week-end, c'est décidé, direction le camp de concentration du Stutthof. Je me réveille à 7h00, m'accorde une grasse mat' jusqu'à 8h00. 9h00, départ.
Le camp est à 30kms (la limite pour le vélo), mais je compte visiter des choses en chemin. Arrivé dans la vieille ville je coupe par la rue principale et je vois (trop tard) deux municipaux). Ils me font signe de m'arrêter, et merde... Dans ce cas là, jouer le parfait abruti tout juste bon à dire "oui" ou "non" en polonais. Chance, ils ne parlent pas vraiment anglais. Je leur donne mes papiers, la fille sort son petit carnet. Cette fois ci je suis bon. Je feins de m'étonner, demande pourquoi, il me fait comprendre que la rue est piétonne (je le savais bien, mais bon...) Je réponds qu'il n'y a de pancartes nulle part, il me fait signe que je peux arrêter mon barratin. Une fois le griffonage fini et après un moment d'hésitation ils me font signe de circuler, sans doute pour éviter la paperasserie inhérente à la contravention d'un étranger. Trop content de m'en tirer à bon compte, je me rappelle pourquoi je me suis fait arrêter alors que j'ai déja un pied sur la pédale. Je le remets sagement à terre le temps de prendre une rue de traverse.
La vielle ville et sa cohorte de touristes derrière moi direction la raffinerie. Sur ma carte, une rue la longe vers l'Est, pile ce qu'il me faut. Après quelques kilomètres, je vois une barrière au début de ma rue. Je demande au gardien de la raffinerie comment passer, je lui montre ma carte : "Mapa nie aktual" (ma carte n'est pas à jour). OK, donc demi tour. Plus le choix, j'emprunte une section de la 2*2 voies en direction de Varsovie en serrant les fesses. Après m'être assuré de mon chemin auprès d'un jeune dans un superbe mix Allemand/Polonais (du plus pur style impro totale) je continue ma route. J'oblique pour une section plus sauvage, entre marais et forêts jusqu'à rejoindre un pont permettant de traverser l'un des bras de l'estuaire de la Vistule. Le pont est assez étrange, tournant et articulé à la fois, c'est à dire qu'il se plie par section, en arc de cerlce, sous l'action de moteurs (un par section) enroulant des câbles reliés (je le suppose) à différents points de la berge.
J'arrive sur l'île de Sobieszewo, premier but de la ballade. A la pointe occidentale, un chemin longe le bras de la Vistule, mais est en même temps bordé par un gigantesque étang à droite. L'endroit est une zone protégée et les oiseaux ne s'y trompent pas : cycnes, foulques, mouettes, échassiers. Pour traverser l'île j'ai repéré sur les plans une piste cyclable traversant la forêt. J'aurais dû me méfier, sachant ce qu'il sont capables de faire figurer comme un route, bah non... Au début ça a bien commencé, le sol est un peu meuble mais recouvert d'épines de pin qui empêchent les pneus de patiner. Mais au bout de quelques bornes, le sol est remplacé par un mélange sable/terre, quand il n'est pas tout simplement défoncé par les engins forestiers. J'ai dit que je traverserais cette île par la piste, je m'obstine, et mets finalement une bonne demi heure à faire moins de 10 kms.
A l'autre extrémité de l'île, bonne surprise : le bac attendu est là. Ah oui, parce que ça, ce n'était pas sûr. J'avais vu sur Google Earth que la route se terminait à la Vistule et qu'une autre route commençait de l'autre côté, mais c'est tout. Le bac est en fait une barge, coulissant le long d'un câble plongé dans la Vistule, et poussée sur l'autre flanc par un vieux remorqueur. Arrivé de l'autre côté, quelques kilomètres avant de trouver un snack (il est 13h00, ça commence à creuser). Je boude étrangement la pizza, lui préférant un hot dog. Je reprends le vélo, toujours vers l'Est. Tout d'un coup je réalise qu'il est déja près de 14h00, je ne suis toujours pas au Stutthof, et il faudrait commencer à réfléchir au retour. Je vois une jeune sur le bord de la route, avec un peu de bol elle va parler anglais. Bon, pas de chance, je sors mon polonais d'arrière cuisine : "Ile to kilometre do Sztutowo ?" (à peu près : combien de kilomètres vers Stutthof ?) elle comprend, douze kilomètres. ça va encore d'autant que c'est de la belle route.
14h00, j'arrive au Stutthof. L'entrée du site n'est pas payante mais le parking à vélo (deux bouts de métal pour accrocher la roue), si. Je visite rapidement le camp, et repère des personnes avec une sorte de palm autour du coup et des écouteurs sur les oreilles. Retour à l'accueil du camp pour prendre le mien, puis visite guidée d'1h30 en anglais. Pour ce qui est du camp en lui-même, bah tous les manuels d'histoire qui me sautentà la figure sans prévenir. Le crématoire est peut-être le plus abominable, j'ai l'appareil photo dans la poche mais je n'imagine même pas le sortir. Pendant ce temps, des visiteurs se font prendre en photo, en shorts et marcels, tout sourires, devant les fours. Pour un peu ils monteraient à califourchon dessus pour que la photo ait plus de gueule. L'envie de vomir devient plus forte, je sors prendre l'air pour me trouver face à une potence. Atmosphère...
Le chemin du retour est plus rapide, j'évite le piège de la piste sabloneuse et les détours inutiles. Centre ville, petit détour pour éviter la rue principale. Arrivé à l'appart à 19h00 je m'étonne d'avoir tout de même mis près de trois heures pour les 30kms du retour (attente du bac incluse). Petite vérification google earth, je comprends mieux le temps de trajet. Je viens de faire 100 bornes de vélo dans ma journée, le Stutthof est plusloin que je ne le pensais. Une grosse soirée était prévue à Gdansk, je crois que je n'irai pas jusqu'au lever de soleil... :-/ Gros point positif de la journée : Robert ne m'a pas trahi, malgré des chemins de pierre, de sable, des trous, des marches, etc. 100 bornes sans broncher, pas même une crevaison. Le vélo polonais, c'est du costaud :)
photos :
http://nico.mart.free.fr/gdansk/20070811_Sztutowo/album.php